Mais le site qui révélait le pot aux roses a disparu après l'élection : la candidate Favre étant devenue maire, n’avait plus besoin de son argumentaire. Par contre, les comptes-rendus du conseil - signés par le maire d’alors, Pierre Durand - existent toujours sur le site de la mairie :
- voici la délibération du 3 juillet 2019 qui a renoncé aux pénalités de retard pour les travaux des écoles P.J. Toulet et Jean de La Fontaine, et ceux de l'hôtel de ville (pages 2, 4 et 7) ;
- et la délibération du 30 septembre 2019 qui a confirmé cette renonciation (pages 8 et 9, 11 et 12, et 16 et 17).
Nous avons lu ces comptes-rendus. Les abandons de pénalités apparaissent, en fait... très supérieurs « à un peu plus de 400.000 € » : ils atteignent pas moins de 740.000 € !! (voir la délibération du 30 septembre 2019 : pour P.J. Toulet, l'abandon est de 322.600 € ; pour Jean de La Fontaine, de 50.000 € ; pour l'hôtel de ville, de 367.500 €, nos chiffres étant arrondis à la centaine d'euros inférieure). La liste « Saint-Loubès Ensemble » n'avait sans doute pas pris le temps d'additionner tous les montants, répartis sur plusieurs lignes et dans plusieurs pages (le comptage est fastidieux), le précédent maire ayant, lui-même, omis d'en faire la somme !
Peu de gens, sans doute, consulte ces documents : ils sont tellement rébarbatifs (mais se lisent, tout de même, bien plus vite qu’une vidéo de 2 heures du conseil municipal diffusée sur Facebook qui n’en dit pas vraiment davantage !). Et puis, que peuvent-ils bien apporter dans le quotidien de chacun ?… Pour la candidate Favre, en tout cas, ces comptes-rendus lui ont servi de munitions !
Le programme de la liste Favre semblait donc marquer une rupture avec cette pratique en promettant de « maintenir les pénalités dues sur les chantiers ».
Mais la candidate devient maire le 3 juillet 2020. Et dès le 31 juillet, lors du premier conseil qu'elle préside, madame Favre - et sa majorité - semble mise au pied du mur : à l’ordre du jour, une proposition de remise totale des pénalités applicables aux entreprises pour un retard de 18 jours dans l’exécution des travaux du nouveau restaurant scolaire de l’école Hector Ducamp ! Quelle est la cause de cette proposition ?... Madame Favre aurait-elle reçu plusieurs demandes d'entreprises habituées aux largesses du précédent maire ?... En tout cas, on se dit qu'elle n'a aucune chance d'aboutir. Pensez donc : il y a moins de six mois, le dernier tract de la nouvelle majorité promettait le maintien des pénalités ! Il n'y a donc pas à y réfléchir cent sept ans !... Pourtant, la décision est ajournée.
Et c'est lors de sa séance du 25 septembre 2020 que le conseil prend position (pages 9 à 11) : les pénalités sont supprimées !
Le compte-rendu reprend, mot pour mot, le modèle qui servait à la précédente municipalité pour accorder la remise. Il y est question de ce fameux article du CCAP dont une phrase interdit formellement de renoncer aux pénalités : « Ces pénalités ne pourront, quelle qu'en soit la raison, faire l'objet d'une remise ». Et en un clin d'œil, il n'y a plus ni majorité Favre, ni "opposition" Durand et Chalard, il n'y a plus qu'une voix unanime portée par un même élan de "solidarité" et qui commande de retirer cette phrase ! Montant des pénalités abandonnées : un peu moins de 20.000 €. On est très loin des chiffres records des abandons de la majorité Durand, mais le mandat Favre ne fait que commencer...
Et comme pour justifier la poursuite de cette pratique, l'adjoint "à la transition énergétique", Pierre Seval, déclare avoir demandé des explications à l'entreprise sur les raisons de son retard. Réponse : « Les raisons techniques sont des travaux en plus, qui ont été pris en compte par avenant, sans que ces avenants ne prévoit les allongements correspondants de la durée du chantier ». On reste bouche bée ! C'est donc à cause de l'imprévision du précédent maire et de l'entreprise - qui est tout de même un professionnel du bâtiment - que l'éventualité d'un délai supplémentaire n'a pas été envisagée. L'entreprise était donc responsable de cette négligence - même s'il ne fait aucun doute que Pierre Durand n'était pas la hauteur de sa tâche (rappelons qu'il percevait une indemnité mensuelle de près de 2.000 € pour veiller aux intérêts de la commune, cette indemnité s'ajoutant à d'autres : voir notre article Maire de Saint-Loubès : un mandat qui rapporte ?).
Mais s'il y a un problème incontestable à abandonner les pénalités pour retard de chantier lorsqu'une entreprise a manifestement commis une négligence, il y a aussi un problème à promettre, dans des tracts électoraux, qu'il n'y aura plus d'abandon de pénalités... puis à les abandonner à la première occasion. Et voilà qui range madame Favre et consorts dans la longue liste des adeptes de l’approximation et des illusionnistes du scrutin !

