L'Œil du fouineur

●● Revue d'enquêtes sur la municipalité de Saint-Loubès ●●

un pavé dans la mare

Quelques dates marquantes en guise de rappel historique…

1973. Serge Roux, nouveau maire de Saint-Loubès depuis deux ans, veut rompre avec le caractère rural de la commune. Pour cela, il dispose de deux leviers : d’immenses terrains communaux, landes plus ou moins à l’abandon qui, autrefois, servaient de pâturages, de vignes et de vergers, et de son pouvoir de maire d’influer sur les constructions (habitations, entrepôts, usines) grâce au permis de construire. En 1973 donc, les landes n’étaient encore occupées que par une seule usine (tuyaux Bonna, installée en 1963) et quelques gravières qui commençaient à défigurer le paysage, mais si utiles à la fabrication du ciment. Car la "mode industrielle" était au tout béton et Saint-Loubès, de ce point de vue, avait un bon profil. Le va-et-vient des camions prenait donc lentement son élan sans, pour autant, gêner le voisinage puisque bien des habitations, aujourd’hui construites près de la zone industrielle, n’existaient pas. Ainsi, l’immense majorité des pavillons du chemin de Couvertaire et du chemin des Anglais, le lotissement de Couvertaire et la plupart des habitations de la rue du Moulin de Conilh n’avaient pas encore remplacé les prés et les vignes. De même que les sorties 41 et 42 de l’A10 n'étaient que des projets… tout comme la voie express de la N89 !

1976. Des voix d’habitants se font déjà entendre : ils s’inquiètent de l’avancée de l’urbanisation dans la commune. « On a beaucoup des inconvénients de la ville et beaucoup des inconvénients de la campagne », dit une habitante dans un reportage télévisé. Tandis que le maire lâche son commentaire : « Inéluctablement, il y a une urbanisation qui se fait ». Fatalisme ou choix de la facilité pour s’éviter les difficultés d’une réflexion approfondie nécessaire à un urbanisme de qualité ?… Comme si l’urbanisation échappait à tout contrôle du maire qui n’aurait pas d’autre choix que d’accorder systématiquement des permis de construire n’importe où, n’importe comment !

Saint-Loubès n’a alors que 4.000 habitants, mais elle est déjà qualifiée, dans ce reportage, de « petite ville ».

Trente ans plus tard, Serge Roux est toujours maire. Pierre Durand est adjoint. La plupart des communaux ont été vendus à des entreprises, parmi lesquelles des entreprises de transport routier. Dans le même temps, des constructions de logements ont été autorisées à hue et à dia, sans se soucier d’harmonie architecturale, d’intégration du neuf dans le paysage ou de proximité avec la zone industrielle. Des permis de construire ont donc été délivrés pour des habitations qui, tôt ou tard, voisineront avec des usines ou des entrepôts. Car la mairie, qui possède des communaux actuellement inoccupés, a bien l’intention de les vendre à l’entreprise la plus offrante… et tant pis pour les riverains qui n’étaient pas au courant de ce possible voisinage ! Un seul exemple : les habitations construites dans le chemin de Salles, dans les années 1990, en face desquelles restait encore un peu de verdure, se retrouveront coincées, vingt ans plus tard, en 2010, entre une nouvelle zone artisanale - La Rafette - et une petite extension de la zone industrielle de la Lande, sur le chemin de Bel Air. La vue sur les quelques arpents de verdure et son silence avait été remplacée par une vue sur des poids lourds et leurs vrombissements (nous citons cet exemple car le journal Sud Ouest avait consacré un article à un riverain qui l’avait alerté pour des nuisances sonores causées par l’entreprise).

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