L'Œil du fouineur

●● Revue d'enquêtes sur la municipalité de Saint-Loubès ●●

un pavé dans la mare

Les fabricants ont pensé que la mode « écolo » n’est pas forcément de tout repos et que les sceptiques de l’effort prendront plus facilement le pli s’ils sont dispensés de sport. Mais à quel prix ?!… Et je ne parle pas seulement du prix d'achat, mais aussi des effets sur l'environnement. Car la fabrication et le recyclage des batteries des moteurs polluent (1)(2), ce qui rend ces engins beaucoup moins "propres" qu'on l'annonce trop souvent - et, en tout cas, beaucoup moins que le vélo classique ou la simple trottinette ! Et pourtant, l'achat peut être subventionné...

Alors, prendre sa voiture (3) plutôt qu’un vélo pour faire deux kilomètres vous vaudra le coup de sifflet de l’examinateur « écolo »… à moins que votre voiture soit attelée à un cheval de trait !

Il ne reste qu’à désigner et à mettre en place les voies qui vont servir aux déplacements « doux ». Et depuis juillet 2020, la balle est dans le camp de la municipalité Favre puisque cette liste a finalement gagné la course aux sièges (du conseil municipal). Comparée à la municipalité Durand, qui avaient un regard plutôt distrait sur ce genre de déplacements, la nouvelle, à la fibre écolo nettement affirmée, est-elle en train de changer le cap ?

Et bien, pas si sûr ! Car, à ce jour (octobre 2022), ce qui peut être constaté sur le terrain laisse perplexe : après plus de deux ans et demi, une seule piste cyclable a été créée (4). Et pour le reste, cette municipalité s’en tient à des mesures symboliques qui prennent la suite des mesurettes de la municipalité Durand. Symboliques, parce que, à Saint-Loubès, les déplacements naturels, autres qu’à pied, restent largement du domaine du vœu pieux. Le vélo, par exemple, n’est souvent qu’une hallucination d’écolo surmené : il en compte plus qu’il n’en voit ! Et puis, ce vélo, il faut quand même l’acheter. Car, s’il sert plutôt de jouet à quelques enfants qui font du rodéo sur route, il n’est pas encore entré dans les mœurs des adultes qui sont loin d’y voir le transport du futur (5). Et il n’est pas donné quand il est neuf : généralement à plus de 200 € ! À partir de là, pourquoi la municipalité irait-elle créer des pistes réservées à des cyclistes imaginaires quand il suffit de quelques coups de peinture sur des routes existantes ?... Les pictogrammes peints se voient et c’est ce qui compte quand on veut montrer son souci de l’environnement ! Et, en plus, ça ne coûte pas grand-chose. C’est un tour d’illusionnistes de l’écologie pour faire croire que les adeptes du vélo vont se multiplier alors qu’on n’a toujours pas trouver les moyens de freiner l’usage excessif de la voiture sur des distances courtes. Voilà donc le chemin tout tracé qu’a pris la municipalité Favre pour les vélos.

Quant aux piétons, les voies qui leur sont réservées existent depuis longtemps à Saint-Loubès : on les appelle les trottoirs.


(1) C'est ce que montre cette enquête d' « Envoyé spécial » de France 2.

(2) « Complément d'enquête » de France 2 a consacré une émission à la pollution liée à la fabrication des batteries des voitures électriques (elles sont propres lorsqu'elles roulent, mais pas lorsqu'elles sont produites). Il ne semble pas exister d'enquête spécifique aux batteries de vélos et de trottinettes, mais, dans les deux cas, il s'agit de batteries contenant du lithium. Ce qui vaut pour les voitures, vaut probablement aussi pour les autres engins électriques, toute proportion gardée, bien sûr.

(3) Certains ajoutent le covoiturage aux "mobilités douces". D'autres vont encore plus loin : tout moyen de déplacement qui contribue à réduire les émissions de CO2 en fait partie. À chacun sa définition qui reste, malgré tout, assez élastique. Je m'en tiens, ici, aux limites approximatives que nos candidats aux municipales avaient retenues.

(4) Celle de l'avenue de Cajus, sur la portion qui va du carrefour de la rue du Suisse au collège Max-Linder. Il est sans doute utile aussi de rappeler qu'une piste cyclable correspond à un aménagement bien défini : il s'agit d'une "chaussée exclusivement réservée aux cycles à deux ou trois roues, aux cyclomobiles légers et aux engins de déplacement personnel motorisés" (article R110-2 du code de la route, 10e définition). Une chaussée comportant un pictogramme de cycliste mais sur laquelle peuvent aussi rouler les voitures n'est donc pas une piste cyclable.

(5) En 1936, avec l’apparition des congés payés, le vélo s’était beaucoup répandu chez les ouvriers pour qui la voiture était inaccessible. Voir ici et .
Les choses ont bien changé depuis…

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