L'Œil du fouineur

●● Revue d'enquêtes sur la municipalité de Saint-Loubès ●●

un pavé dans la mare

Pour les toitures, c'est la teinte qui est tout simplement oubliée dans les règlements de zone du PLU. Peut-être que les élus de 2007-2008 pensaient qu'il suffisait d'écrire : « les toitures seront en tuile, ardoise, verre ou zinc », pour régler la question. Mais la seule certitude que donne cette règle, c'est que la toiture ne peut pas être en paille ou en planches (cas des toits de chaume ou des toits de cabanes). Car si le mot tuile désigne habituellement un élément de couverture en terre cuite (argile), il suffit de la teinter pour la priver de sa teinte naturelle. Même chose pour le zinc, plutôt utilisé, en Gironde, pour les gouttières et les chéneaux que pour servir de toiture - sauf, peut-être, pour les hangars agricoles et les entrepôts. Alors, pourquoi ne pas couvrir les logements d'une belle toiture en tôle ondulée, façon tôle de hangar, puisque le PLU l'autorise ?... Et c'est ce genre de couverture qui est utilisé pour le "Clos de Grafeuil" (la tôle n'est pas ondulée, mais les toitures sont bien en tôle : voir l'appel d'offres d'octobre 2012 qui indique : « Bardage et couverture acier - zinguerie »). C'est peut-être aussi le cas pour les logements collectifs du chemin de l'Oustalot - à moins que le constructeur ait posé des plaques ondulées en fibrociment. Rien n'empêche, non plus, d'utiliser des tuiles noires sur un pavillon tandis que le voisin aura des tuiles vertes ou caca d'oie !

La municipalité Favre serait-elle plus à cheval sur ces questions, au moins lorsque les règles sont claires ?... En tout cas, deux bulletins municipaux, le n°48 de mai 2022 et le n°42 de mars 2021 - dans les deux cas, en page 2 - rappellent les règles d'urbanisme, mais avec une telle dose d'ambiguïté qu'on reste sceptique. Dans le n°48, on peut lire : « Petits rappels pour un urbanisme qui permet de bien vivre ensemble. Il est indispensable de faire une déclaration pour toute modification de votre lieu d'habitation... changement de couleur de la toiture... Rappel : les tuiles noires font augmenter la température intérieure de 4° C en été ». Et dans le n°42 : « Rappel des règles d'urbanisme en vigueur... Attention aux couleurs que vous choisissez : le noir conserve la chaleur. L'été, les tuiles noires amènent une surchauffe de 4° ». Il n'est pas écrit que les tuiles noires sont interdites - puisque ce n'est pas le cas -, mais seulement qu'elles réduisent la protection contre la chaleur en été... et cela dans un petit encart qui suggère que la couleur noire ne serait pas conforme au PLU (« Rappel des règles d'urbanisme...»). Ce qui amène, en tout cas, à s'interroger sur la connaissance du PLU actuel par la nouvelle municipalité... On peut donc penser que madame Favre a sans doute prévu que le futur plan interdirait les tuiles noires - ce qui serait une bonne chose car elles ne sont pas assorties au style local -, mais, pour l'instant,... toutes les couleurs de tuiles sont permises.

Quant aux clôtures, le PLU a bien fixé une limite à leur hauteur (1,50 m au plus en façade sur rue) et à leur consistance (murs, et donc, a priori, clôture en maçonnerie ; grilles, grillages, et donc, a priori, clôture en métal ; barrières girondines, et donc nécessairement en piquets de bois ; enfin, haies vives... et rien d'autre). Sont alors exclues : les clôtures en plastique dans toutes leurs variétés (lattes, barres, toiles ou bâches tendues, "haies" artificielles), les clôtures en planches ou en panneaux de bois (même si la maison est bardée de bois en "parement extérieur"), les clôtures en paille et les haies sèches. De même que les mélanges de clôtures autorisées avec des clôtures non autorisées sur une même parcelle : par exemple, mur de 1,50 m surélevé de barres en plastique.

Et, là encore, la municipalité Favre semble tirer la clochette d'alarme : dans les mêmes bulletins (nos 48 et 42), elle rappelle que la hauteur maximum des clôtures sur rue ne doit pas dépasser 1,50 m. Dans un autre numéro (le 45, d'octobre 2021, toujours en page 2), elle montre même un mur de clôture en double infraction : mur en parpaing non enduit ET de plus de 1,50 m de haut. Car une règle du PLU - toujours cet article 11 - précise bien que « l’emploi à nu en parement extérieur de matériau destiné à être recouvert d’un revêtement ou d’un enduit est interdit ». Mais ces rappels ressemblent plutôt à une "leçon de remplissage" : ne pas laisser une case vide dans le bulletin municipal. Une pratique déjà bien connue de la précédente municipalité qui, finalement,... laissait chacun faire ce qu'il voulait !

Quant aux teintes des clôtures, à chacun sa fantaisie : le PLU ne prévoit rien.

Et puis, on a vu cette photo de la cuisine centrale (2013, zone UC), propriété communale, à l'allure d'entrepôt de zone industrielle (bardage métallique), située dans la rue du Stade, près du bourg. Si certains trouvent que ce bâtiment détonne dans son environnement proche où les constructions visibles depuis la rue n'ont jamais cet aspect d'entrepôt même si elles n'ont pas de style architectural bien défini (baraquements du centre de loisirs, école Paul Jean Toulet), ils ont sans doute raison... mais le PLU autorise ce genre d'énormité (le bardage métallique n'est qu'un "parement extérieur" et il peut être blanc et marron). Mieux ! Le PLU dispense même la mairie de se conformer à toute contrainte esthétique. Car il y a cette règle commune aux zones UC, UA et AU : « Les prescriptions ci-dessus ne s'appliquent pas pour les équipements publics »...

Finalement, la révision du PLU a des allures de plan que l'on tire sur la comète : on discute de généralités aux contours incertains qui ne prêtent pas à conséquence (1) et sur la base d'une prétendue consultation des habitants (2), alors que seuls les règlements de zone (et non le PADD) permettent de définir, dans le détail (à condition d'y avoir réfléchi), en quoi consiste la "qualité architecturale" des constructions. Et une fois ces règlements établis, encore faut-il les appliquer pour obtenir cette qualité.

Car un PLU révisé ressemble à une recette de cuisine : si elle reste au fond du tiroir, on n'est pas prêt d'y goûter ! Et il n'empêchera pas la poursuite des négligences commises par la municipalité Durand pendant plus de dix ans... et que la municipalité Favre semble continuer dans les exemples les plus récents (3)


(1) Conseil municipal du 13 décembre 2016 qui a décidé la mise en révision du PLU (municipalité Durand)
Conseil municipal du 28 décembre 2018 qui a débattu des orientations générales du PADD (municipalité Durand)
Réunion publique du 3 octobre 2020 (municipalité Favre) où l'on présente les "résultats" de l'enquête urbanisme alors qu'elle est faussée, et une échéance prévisible d'approbation du PLU qui n'est finalement pas respectée
Réunion publique du 5 février 2022 (municipalité Favre) où les raisons de l'échéance non trespectée ne sont pas données (manque de préparation ?... sous-estimation des difficultés ?...), mais où l'on présente la "vision 2050", c'est-à-dire à près de 30 ans, de l'urbanisme de Saint-Loubès... alors que la muncipalité actuelle ignore ce qu'elle deviendra dans 4 ans !
Conseil municipal du 26 février 2021 qui a débattu des orientations générales du PADD (municipalité Favre)

(2) Enquête urbanisme mise en place du 21 septembre au 1er octobre 2020 pour recueillir l'avis des habitants (municipalité Favre), avec, en particulier, cette question : « Comment voulez-vous que notre patrimoine évolue visuellement ? ». Mais notre article sur cette enquête révèle qu'elle était faussée et ne permettait donc pas de tirer des conclusions.

(3) Cas des logements collectifs en cours de construction en juin 2022, à côté des logements Lacerda, que l'on a vu dans la page précédente. Ces mêmes négligences existent à propos du stationnement et de la propreté sur la voie publique où les règles ne sont pas appliquées, le changement de municipalité ayant laissé les choses en l'état. Sur ces points, voir notre article "Stationnement et propreté".

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