L'Œil du fouineur

●● Revue d'enquêtes sur la municipalité de Saint-Loubès ●●

un pavé dans la mare

C'est donc apparemment dans l'urgence que le maire, Pierre Durand, tente de multiplier les projets de logements sociaux. En non pas sous forme de pavillons, mais principalement d'immeubles collectifs. En 2013, construction de la "résidence Lacerda", donnant sur les rues Saint-Aignan et Max Linder, avec un total de 47 logements dont 39 collectifs (source : département de la Gironde). On est, là aussi, à proximité d'un lieu, "Barbeyrac", que le PLU signale pour son intérêt paysager à protéger (boisement classé). Quelques anciennes maisons en pierre pouvaient donner le ton du style architectural (50 et 55 rue Max Linder, 28 rue Saint-Aignan). Mais elles sont ignorées, comme si le projet n'avait besoin d'aucun repère. Un seul élément du décor est tout de même repris par le promoteur car il ne peut tout simplement pas s'en passer : le terrain. Il fallait qu'il soit plat... et il l'est resté ! Quant au maire, il semble bien, là encore, avoir vu le projet les yeux bandés, pressé qu'il était, sans doute, d'améliorer sa comptabilité : augmenter le nombre de logements sociaux et réduire les pénalités qui "récompensent" son retard !

Toujours en 2013, construction de la résidence "Le plaisance" derrière l'école Hector Ducamp, avec 67 appartements répartis en 5 immeubles collectifs d'un étage.

Et cette année 2013 confirme que le vent à tourné : Saint-Loubès est dorénavant tenu d'avoir 25 % de logements sociaux. Les constructions semblent donc continuer à marche forcée : "Le Clos de Grafeuil", donnant sur la rue du Moulin Rouge, est bâti à partir de 2013, et prévoit 50 logements, dont 42 maisons à étage et 8 appartements. Un seul mot d'ordre : "Quantité !". Au diable la qualité architecturale et l'intégration dans le paysage ! De toute façon, le temps manque. En réalité, rien de nouveau sous le ciel de la municipalité Durand : on bâcle... comme on l'a toujours fait dans ce domaine.

La même année, le maire traînard est piqué par une nouvelle épine : la loi ALUR vient rétablir la rigueur de la loi SRU en supprimant à nouveau le droit pour les communes de fixer une surface minimale pour les terrains constructibles et d'imposer un COS. Elle entre en vigueur en mars 2014. Pratiquement, à partir de cette date, les COS imposés dans le PLU de Saint-Loubès - notamment pour les zones UC et AU - deviennent illégaux : ils ne peuvent être pris en compte pour la délivrance des permis de construire. Ainsi, le propriétaire d'un pavillon construit sur une petite parcelle peut dorénavant l'agrandir par le haut en créant un étage. Et celui qui est propriétaire d'une maison sur un terrain plus grand peut en vendre une partie où un autre pavillon sera construit. C'est l'heure de la division de parcelles bâties qui provoque un dépeçage des jardins tel qu'on peut le voir, par exemple, dans l'avenue du CES, juste derrière les terrains de sports. Voici le résultat depuis la rue et en vue aérienne (la vue aérienne compare la situation actuelle - cadre de gauche - et la situation en 2006-2010, avant division - cadre de droite). Pour n'avoir pas contrôlé un pavillonnage à tout va, avant comme après la loi SRU, sans se soucier de l'urgence de la révision du PLU de 2008 pour freiner ces excès qui abaissent un peu plus la qualité architecturale du bâti, Pierre Durand reçoit maintenant un retour de bâton : "sa vision" de l'urbanisme local a dénaturé Saint-Loubès. et s'il ne contrôlait pas vraiment cet urbanisme jusque là, il ne le contrôlera pas davantage après. Il écrit, dans un bulletin municipal de 2015 : « Saint-Loubès est très en retard en ce qui concerne les logements sociaux (la loi prévoit 25 %, nous en sommes environ à 12 %) » (1). Il a freiné des quatre fers la construction de logements sociaux et, maintenant, il va à la pèche aux constructeurs pour faire le plein ! Mais ce ne sont pas les quelques logements du "Clos de la Treille" (43 maisons à étage et 7 appartements) commencés en 2016 qui vont changer la donne : on passe seulement de 12 % à 12,5 % (2). Une goutte d'eau dans les chiffres mais un vrai ravage dans le paysage !

Pourtant, dès 2014, ce maire pouvait encore se ressaisir, même si les dégâts causés par plusieurs décennies d'un urbanisme à tout va risquent bien de marquer le paysage de la commune pour quelques générations.


(1) «Saint-Loubès le mag'» n°26 de janvier 2015, "édito" du maire

(2) «Saint-Loubès le mag'» n°33 de septembre 2017, page 11

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