Le maire refuse donc la «sur-densification que la loi SRU veut imposer» et voilà que survient un changement de gouvernement. Nous sommes en 2003, à peine deux ans après l'entrée en vigueur de la loi, et le nouveau ministre du logement se montre sensible aux critiques de nombreux maires ayant adopté un PLU qui les prive de leurs droits de limiter les constructions. Le maire de Saint-Loubès est donc du nombre, même s'il n'est pas concerné puisque le PLU n'est pas encore adopté - et ne le sera qu'en 2007. En tout cas, suivre le mouvement de contestation lui vaut une récompense : les droits qu'il n'avait pas perdu mais qu'il aurait pu perdre en menant à son terme le projet de PLU sont finalement rétablis, sous certaines conditions. Car le nouveau ministre fait adopter une loi qui freine les effets de la loi SRU : l’étalement urbain peut reprendre... avec modération. La construction d'un seul pavillon sur un terrain plus ou moins grand est de nouveau possible avec cette conséquence qu'il y aura moins de logements disponibles sur une même parcelle. Et le maire peut s'opposer aux divisions de parcelles déjà bâties qui augmenteraient le nombre de logements sur la parcelle d'origine. Serge Roux s’en félicite lors du conseil municipal du 2 octobre 2003 où il est écrit : « Il [le maire] refuse la sur-densification que la loi SRU veut imposer aux élus et se félicite d’un récent assouplissement apporté par loi LUH qui permet de nouveau d’instituer une taille minimale de parcelle afin d’aérer la trame urbaine et le paysage ».
Quoi qu'il en soit, de 2001 à 2007, le PLU n'est toujours pas en place à Saint-Loubès, et le maire continue d'appliquer le POS... avec les droits qui vont avec.
Pendant ces sept ans, Serge Roux s'en tient donc à ce qu'il a toujours fait : donner la priorité à la construction de pavillons, au détriment à la fois du « développement durable », de l'offre de logements qui se trouve réduite alors que la demande augmente - situation qui favorise la hausse du prix du foncier et profite donc aux propriétaires de terrains. La périphérie immédiate du bourg et d'anciens quartiers de Saint-Loubès continuent de se couvrir de lotissements, aggravant cette perte d'identité de la commune constatée par l'agence URBAM :
- dans le périmètre du chemin du Gary, de l'avenue Henri Bertrand et du chemin de Lavignac (ancien hameau connu sous le nom de Camarsac), le long de la ligne de chemin de fer, 28 pavillons sont construits, de part et d'autre d'une nouvelle rue goudronnée appelée "rue Lamartine" (d'autres pavillons suivront, après 2008, sur l'avenue Henri Bertrand) ;
- à proximité du lotissement "Les Pins Francs" (ancien hameau connu sous le nom de Conil), 19 pavillons finissent par sortir de terre, le long d'une nouvelle voie goudronnée appelée "rue de l'imprimerie", au bord de la rue du Moulin de Conilh. Ce sont "Les Jardins du Moulin" ;
- le long du chemin de Poumey qui mène à Yvrac (ancien hameau connu sous le nom de Pommey), 22 pavillons sont construits, avec création de rues goudronnées : rue du Ruisseau et rue de la Source (d'autres pavillons suivront, après 2008, donnant sur le chemin des Anglais, avec une nouvelle voie, rue de la Vieille Ferme).
Et cela uniquement dans le "secteur centre" (bourg et alentours), pour reprendre les termes du PLU de 2008.
Le nouvel habitant est pris au piège d'un urbanisme conçu pour un village-dortoir, d'une promotion immobilière banalisée qui tire la qualité architecturale vers le bas et de vendeurs de terrains qui espèrent la bonne affaire. Mais Saint-Loubès est présentée comme une commune "très attractive" (1). L'augmentation de la population le prouve : 7.090 habitants en 1999, 7.793 en 2008 (source INSEE : voir le tableau « Population en historique depuis 1968 »), ce qui correspond, à peu de choses près, à la période qui nous intéresse. Une question doit alors être posée : pourquoi Saint-Loubès est-elle si attractive ?... pour son charme ?... pour les emplois qui y sont offerts (2), notamment sur la zone industrielle ?... La réponse est donnée par l'a'urba, agence d'urbanisme de Bordeaux : cette augmentation de population est largement due « aux ménages "bordelais" qui migrent, souvent par défaut, faute de pouvoir accéder localement à la propriété dans des conditions économiquement acceptables » (3). Saint-Loubès n'est donc souvent qu'un choix par défaut. Le nouvel habitant ne vient généralement pas vivre ici pour le charme - largement perdu - de la commune ou pour y travailler, mais parce qu'il ne peut pas obtenir mieux. Voilà un motif d'habiter Saint-Loubès finalement peu enviable et qui ternit l'image de la commune.
Depuis 2008, la municipalité a-t-elle redressé la barre ?...
(1) "Livre blanc de la communauté de communes" - mars 2009, pages 49. Ce "livre blanc", établi par l'a'urba à la demande des élus locaux, avait pour but de refléter l'aménagement du territoire de la communauté de communes du secteur de Saint-Loubès et de servir de base à une réflexion, notamment sur l'évolution à venir de l'habitat.
(2) En 2006, les entreprises et administrations installées à Saint-Loubès offrent peu d'emplois à la population locale. Cette population travaille donc surtout à l'extérieur, et même à l'extérieur de la communauté de communes. Ainsi, seulement 1 salariés ou fonctionnaire sur 5 travaille et habite sur place ou dans la communauté de communes ("Livre blanc...", page 72). Les entreprises locales, même celles qui dépendent de groupes nationaux, ne sont donc pas des pourvoyeurs d'emplois pour la population locale.
(3) "Livre blanc...", page 61.

